Lambeaux de mémoire Shreds of memory

Tu dois mourir You must die

Préface Foreword

Voici une histoire qui m'est revenue à l'esprit il y a plus d'un an. Depuis, comme toujours, des bouts de plus reviennent en mémoire. Aujourd'hui, quatre jours après la Saint-Valentin (2014) et puisque je ne me rapelle de rien de plus, semble un bon moment pour commencer à l'écrire. Qu'est-ce que la Saint-Valentin a à voir avec une histoire de mort? Disons que j'hésite depuis quinze minutes à choisir un titre. Les autres titres possibles sont: «Amour post mortem», «Un amour de mort» et «Petite flamme dans le ventre»

Encore une fois, après avoir commencé à écrire, les souvenirs reviennent, se précisent. Laisser le texte quelques jours, des souvenirs reviennent au matin.

to come.

Lambeau 1 Shred 1

- Tu dois mourir! — déclare mom, de but en blanc.
Je la regarde. On est seuls. Elle a encore son air de tout savoir. Je crois plutôt que je dois savoir comment ils veulent me tuer cette fois. Je réponds:
- C'est toi qui dois mourir!
- T'écoutes pas. Tu dois mourir!
- Pourquoi que je devrais mourir avant toi? T'es plus vieille et c'est toi qui mérite de mourir.
- On parle pas de mérite, on parle de ce qui doit se faire.
- Je veux pas mourir. Pourquoi que j'accepterais ca?
- Tu veux qu'on t'aime mais on peut pas t'aimer. Tu dois mourir.
- Quoi? Je dois mourir parce que vous êtes pas capable d'aimer? Il faut dire que le thème de l'amour était partout dans ces années 70... Assez pour vouloir savoir ce que c'est.
- Tu connais rien! Tu dois mourir!
- Tu veux tuer ceux qui connaissent rien en plus?
- Faut qu'on parle mais t'écoutes pas. Viens, on va s'assoir tranquillement.
On s'assoit et elle commence:
- Détend-toi. Tu es trop nerveux. J'te ferai pas mal. Repose-toi la tête et dors un peu. Dors!
Je dois me détendre sans m'endormir. Je dois me détendre sans m'endormir. Je me fais fourrer à chaque fois sinon.
- Est-ce que tu dors?
- Oui.
- Tu sonnes encore réveillé. Repose-toi encore.
Plusieurs minutes passent...
- Est-ce que tu dors maintenant?
- Oui.
- Bon, reste la tête sur la table. Tu voulais qu'on t'aime, n'est-ce pas?
- Oui.
- On a trouvé quelcun qui pourrait t'aimer. Mais tu dois mourir.
- Elle va me voir mort et va m'aimer? A quoi ca sert si je suis mort? Je veux pas mourir. Je veux bien la rencontrer sans mourir.
- On peut pas. Tu dois mourir sinon rien!
- C'est idiot, meurt donc toi.
- Arrête de t'en faire. Ca fait dix fois qu'on essaye de te tuer et tu meurt pas. Tu mourra pas!
Elle l'a dit! Cette fois elle avoue qu'ils ont vraiment essayé de me tuer. C't'ait pas des erreurs! Je la regarde en fronçant les sourcis comme jamais avant et elle prend peur. Elle sort de la pièce.
Je l'entend discuter avec quelcun:
- Il s'est réveillé! Qu'est-ce qu'on fait?
Je vois un mec qui jette un coup d'oeil par la porte. Ce mec semble être mon père ou qui ressemble. Il répond:
- Ben non, regarde. Il est encore tout tranquille assis avec son air patate.
Mom jette un coup d'oeil et semble rassurée. Elle revient et reprends:
- Tu dors encore?
- Oui.
- Bon, écoute. Tu mourras pas.
- Et l'amour?
- Ton frère s'est fait un copain et ils jouent chez [...]. T'as qu'à jouer avec eux-autres à un moment donné.

Fin de la discussion!

Woah, j'ai réussi. Je me souviens. Mais à part son aveu j'ai pas idée de ce qu'ils ont préparé. Je ne vois pas comment, quoi.

Lambeau 2 Shred 2

Les semaines, les mois passent probablement. Je suis sur le qui-vive au début. Peu à peu, je ne peux pas rester dans cet état, je fatigue. Je finis par tout oublier.

Je suis chez [...] avec mon frère, un ou deux de ses copains et deux oncles qu'on voit souvent. Ces oncles ont nos âges, donc encore enfants et ados. Je viens d'arriver et ils ont l'air bizarre. Comme si je venais d'interrompre quelque chose.
- A quoi vous jouez? Je peux jouer aussi?
Pas de réponse... Je m'adresse au plus âgé:
- Ben quoi? Qu'est-ce qui se passe? A quoi vous jouez? C'est mal?
- Ma mère vient de recevoir des vêtements et ils jouent avec les sacs de plastique.
- Je veux bien jouer. Comment on joue?
- Ils se mettent la tête dans le sac.
- Oh, faut faire attention pour pas s'étouffer.
- Ben non, c'est ca....
- Tais-toi! — interjecte son jeune frère.
- Ben quoi. Qu'est-ce que vous faites comme jeu? Y a pas grand chose à faire avec des sacs de plastique. Vous faites des cerfs-volants avec?
- Non, non, non. On a arrêté de jouer avec. On ne joue plus.
- Ah bon. A quoi jouer alors?
- On veut pas jouer avec toi. On joue pas avec les plus grands.

Lambeau 3 Shred 3

Plus tard...
J'entends un branle bas dans la chambre où les plus jeunes jouaient. Je jette un coup d'oeil.
- Qu'est-ce qui se passe ici?
- Ton frère se réveille pas.
- Comment ca? Secouez-le, y vas se réveiller.
- Son coeur est arrêté — dit un autre.
- Ben voyons donc. Pourquoi que son coeur arrêterait.
Je m'approche pour voir s'ils font semblant. J'essaye de prendre son pouls. Il me semble en avoir un mais il est tout mou. Je le brasse, je lui donne des coups sur la poitrine, je lui souffle un peu dans la bouche. Il reste mou.
- Il est mort — dit un autre.
- Ben voyons donc. Vous jouez aux morts? C'est à ca que vous jouez? Crif, vous jouez dur!
J'ai une idée comment les arrêter de se foutre de ma gueule comme ca.
- Attendez, une minute. Je vais essayer autre chose.
Je chuchotte dans son oreille: «Je t'aime»... Encore et encore... Sans résultat. Merde alors, il est bon à faire le mort le petit maudit.
- Mmmh, faut être drastique avec vous autres! Attends un peu...
Je sais ce qu'il va l'emmerder assez pour arrêter de faire le mort. Je vais l'embrasser! Haha! Ce que je fais... Crif, il est dur à cuire. Attends, avec la langue...
- Tu as bougé la langue! Tu n'est pas mort! Arrête de jouer!
Il reste immobile. Alors je lui remet ca de plus belle...
Voilà qu'il secoue la tête doucement.
- J'arrête pas tant que t'es pas réveillé!
Il prend une grande respiration, ouvre les yeux et me repousse de son air choqué typique. Non mais qu'est-ce qu'il faut pas faire. Peuh.
Le voilà assis qui m'accuse:
- Qu'est-ce que tu me faisais là!? C'est de l'abus
- Non mais quoi, de l'abus? T'avais qu'à m'arrêter avant. Qu'est-ce que vous avez à jouer aux morts comme ca?
- On joue pas aux mort! Je dormais, c'est tout.
- Tu dormais?! Qu'est-ce tu faisais à dormir à terre dans la chambre avec les autres? C'est bizarre ca. Ca fait une demi-heure que t'es à terre et qu'y'essayaient de te réveiller avant que j'arrive.
Il remarque les faces des autres et fait une face étonnée.
Je remarque son étonnement et regarde les autres derrière moi. Ils ont un air coupable.
- T'es mieux de te réveiller plus vite une autre fois. Tu sais pas ce que vais faire pour te réveiller si ca arrive.
- Je veux pas que tu me touche.
- Ben c'est ca, meurt donc quand je suis pas là d'abord!
(Ben y prendra pas à me forcer pour l'aider une autre fois celui-là!)

Lambeau 4 Shred 4

Plus tard. Ou peut-être plutôt une autre fois.
Moins de monde, mais encore la même situation. Je vois des sacs de plastiques pour les vêtements, la sorte très légère.
- C'est ca les sacs de plastiques avec quoi vous jouez? On pourrait faire un parachute avec. C'est très léger.
Je fais une démonstration...
- On veut pas faire des affaires de même. — dit l'un.
- Y en a qui veulent pas qu'on joue avec ca. Y disent que c'est dangereux. On se met la tête dedans. — dit un autre.
- Ca dépend. Si on fait attention, c'est pas dangereux. Y faut juste laisser assez d'espace pour pouvoir respirer. — dis-je.
- Montre donc pour voir. — ajoute un autre d'un air défiant.
- D'accord. — dis-je.
Je prend le sac et le gonfle bien. C'est assez grand pour me rentrer tout le corps dedans.
- Voilà. Si je garde le sac assez loin de ma face, l'air circule et j'étouffe pas.
A ce moment, quelcun entre dans la pièce et s'écrie:
- J'vous ai dit de pas jouer avec ca. Quand est-ce que vous allez comprendre?
Bien sûr. Mais pourquoi me prend-il par le cou en disant ca?! Je crois à une blague et je souris. Il serre un peu et je commence à manquer d'air. J'essaye d'aspirer le sac dans ma bouche et de le percer avec mes dents mais le sac si léger est moins fragile que prévu*. Je tombe dans les pommes... de terre...

Mon esprit divague. Il me semble entendre un branle-bas, des cris. Je crois qu'ils m'ont sorti du sac. Je sens qu'on me fait des choses. Puis le noir total.

Lambeau 5 Shred 5

On me fait des choses. Je sens du froid. Je sens de la chaleur. Mes bras sont bougés. Mes jambes aussi. Je rêve qu'on me fait plus de choses mais ce n'est pas désagéable. J'essaye de me réveiller. Rien à faire. Et je suis tellement fatigué. Je vais faire un somme et je serai plus éveillé au matin. Retour dans le noir total.

Lambeau 6 Shred 6

Je sens du froid. Je sens de la chaleur. Je sens une chaleur sur le devant, un froid glacial derrière. Le noir est total. Je rêve que je suis dans l'espace. J'ouvre les yeux je crois. Le noir est total. Non, pas de soleil, pas d'étoiles, pas de Terre. Ai-je les yeux ouverts? Le noir est vraiment total. Plus total que la plus noire des nuits avec les yeux fermés sous les couvertures. Rêve plate.

Il ne se passe rien. Mes sens s'aiguisent très lentement. Ca se précise. Froid dans le dos, moins froid devant. Quelque chose me recouvre le corps, tout le corps. Même la tête. Ca me chatouille le nez. Je veux me gratter, mais je ne peux pas bouger. Je peux souffler. Je souffle vers mon nez. Zut, ca me chatouille plus. Oh, ma tête bouge. Je la tourne de côté. Je tourne la tête d'un côté à l'autre et le frottement avec le tissu a pour effet de me gratter le nez. C'est ca, un tissu. Non mais c'est bizarre. Il n'y a un tissu que sur le devant. Quoi? Je suis déposé sur du dur sans rien qu'un drap par dessus? On dirait du béton dessous. Pas de doute, je suis à l'horizontale. C'est plus froid que tout à l'heure il me semble. Je commence à sentir des vibrations. Mon dos me fait mal. J'ai froid de partout. Je veux bouger. Je rêve ou pas? Où suis-je? Les vibrations, c'est moi qui tremble de froid. Je me force pour trembler plus, histoire de me réchauffer.

Ca marche, je me sens de mieux en mieux. Je suis sur une table de métal on dirait, froide et lisse. Directement sur le métal.
Quelles manières! Pourquoi juste un drap dessus et rien dessous?
Je veux bien vérifier que ce n'est pas un cauchemard. Je sens ma main droite. Je peux toucher ma jambe. Oui, je la sens bien. Le noir est si total. Je me pince. Aïe! Ouille. Puis-je avoir mal dans un rêve? Bon, disons que je suis quelque part, plus ou moins réveillé. Tiens, je vais me gratter le nez. Non. Il y a quelque chose qui me bloque la main. L'autre main aussi. Merde, je suis dans un tube. Un tube petit et rectangulaire. Il y a des côtés. La table, ou plutôt le bas du tube est branlant. Je ferais mieux d'être prudent... si le tout tombait d'un coup...

Faisons le point. Je suis dans un tube métallique froid. Je sens tout mon corps. Il est entier. Je peux lever mes jambes et il touchent très vite le haut du tube. Les mains et la tête de même. Donc un long tube étroit. Long? Combien long? Je commence à ramper vers le haut, euh, direction tête. Oh que c'est froid! Brrrr. Okay, assez loin. Je reviens vers où j'étais. Brrr! Qu'est-ce que c'est froid. Je me remet à trembler. Brrr, brrr, brrrr et rebrrrr. Crif de ta! Où est-ce que je peux bien être? C'est pas l'enfer en tout cas... à moins que le vrai enfer soit glacial et métallique. Merde de crif de ta de merde de crif de ta. C'est froid et incomfortable. Je veux sortir!

Un bruit. Un indice, enfin. Qu'est-ce que c'est... On dirait un moteur. Un moteur de bateau au plus ralenti. Non, rien ne bouge. Pas dans un bateau. Dans une bâtisse*. Une grande salle en métal? Mmmmh. Un tube en métal au milieu d'une salle? Il a bien fallu me mettre dans ce tube par quelque part? Il doit y avoir une porte. Essayons direction pieds un peu. Brrrr. Je suis sur quelque chose de branlant. On dirait que c'est fait pour rouler. Ca a des roues. Oh, je touche déjà avec les pieds.

Je touche. Il y a des boulons on dirait. Une longue languette métallique fait la largeur du panneau de «fond» ou est-ce une porte? Je peux peut-être faire marcher le mécanisme de l'intérieur pour l'ouvrir... Mes pieds sont si froid, j'ai peine à savoir ce que je touche et c'est tout en métal froid! Patience. Ca joue dans ce sens, pas dans l'autre. Doucement. Si je tourne... clic! Oh, déclic. Je garde la pause. Je pousse sur le haut du tube avec les mains, directement en face. Ca glisse, le tout glisse direction pieds. Ou roule, plutôt. Je fais marcher mes mains jusqu'à sentir le bord. C'est glacial! C'est le noir total! Je suis comme sur une planche sur roulettes qui entre dans un grand mur. Ca sort complètement et je peux m'y assoir. Il y a d'autres de tous le côtés. D'autres machins de la sorte avec des poignées. J'en essaye un du côté gauche. Ca ouvre, ca roule. Si je laisse aller, ca roule et se referme tout seul. Qu'est-ce que j'ai froid. Tiens, le moteur viens de s'arrêter.

Silence total. Noir total. Tout nu avec un petit drap mince assis sur un plateau en métal. Le plateau est étonnamment solide, maintenant que j'y pense. Je tâte le dessous. Je sens les rails. Qui a bien pu me mettre ici sans permission? Pourquoi? Des extra-terrestres? Non, tout semble bien ordinaire. Un moteur qui fait un bruit de moteur que j'ai déjà entendu. Je devrais descendre et trouver la sortie mais à quelle hauteur suis-je? Je pourrais me casser quelque chose dans le noir. Mmmmh. J'essaye de juger les distances avec l'écho. Je fais des sons aaaa, iiii, uuuu à différents tons puis écoute les échos. Le mur en face semble trop loin. Même chose pour les murs des côtés. Le plafond semble moins loin de moi que le plancher. J'essaye de me tenir debout sur le plateau. Brrrr. Lentement, je me met debout. J'étend un bras et je ne touche rien. On dirait bien que le plateau est plus haut que je suis grand. Merde.
Brrrr. Faut que j'essaye vers le plancher quand même. Le plateau roulant et lisse rend ca moins facile que de descendre d'un arbre. Lentement. Quel froid. Dur avec les tremblements qui reviennent. Je me tiens avec les bras et je ne touche rien avec les orteils étendus. Evidemment, je ne peux pas descendre aussi bas que me monter debout en plus. J'ai trop peur de me faire mal si je me laisse tomber dans le vide. C'est tellement noir que je ne sais pas si j'ai les yeux ouverts ou fermés. Je remonte. Je me rassois en boule. Je me couvre le plus possible avec le drap. C'est froid comme en hiver sur la neige ici. Combien de temps à attendre avant que quelcun viennent? ... Le jour. Le jour va arriver avant que quelcun arrive. Je vais sûrement pouvoir voir quelque chose avec le jour. Il fait tellement noir, ca ne prendrait pas grand lumière pour voir de quoi*. J'en ai peut-être que pour une heure à attendre. Est-ce moi ou est-ce un peu moins froid que tout à l'heure?
Le temps passe.
Brrrr.

Le moteur repars. Le son est étouffé mais clair. Comme si il est juste de l'autre côté du mur. Mmmh, acroché au mur, même. Mmmmh, je peux m'en servir comme horloge. Essayons de deviner combien de temps il reste en marche. ... Brrrr. Ca refroidi ici. Ca refroidi même beaucoup et vite. Comme quelcun qui ouvre la porte en hiver. Un air glacial. On est-tu en hiver?* Il me semble que non. Ah, le moteur arrête. Il est resté en marche entre dix et vingt minutes. Brrrr. Je sens le froid qui s'étend des bords (les murs) vers le milieu, où je suis. Moins de courant d'air froid que tout à l'heure quand même. C'est peut-être ca. Le moteur fait du froid. Merrrrdebrrrrr. Combattre le froid et la fatigue sur un plateau en métal et à roulettes. Brrrr de brrrr de brrrr. Pourquoi juste un petit draaaaaap dans ce froiaaaaaaa?! ....

Ah, le moteur repars encore. La température était presque tolérable. Maudit moteur. Ben oui, le froid augmente d'un coup. Brrrr, maudit moteur de froid, brrrr. Bon, le maudit moteur était arrêté entre vingt et quarante-cinq minutes. J'espère que c'était quarante-cinq. Si c'est ca, avec un peu de chance, j'ai peut-être pas tant de cycles à attendre. En été, le soleil sort vers cinq heures du matin. Me semble qu'on est en été. Le dernier souvenir que j'ai est en été, non? Je me souviens de quelque chose en hiver, je me souviens de quelque chose en été qui s'est passé ensuite... je ne me souviens pas d'une autre chose en hiver ensuite. Restons optimiste, disons qu'on est en été. Je n'entend absolument rien d'autre que le moteur. Arrêté, silence total. Disons que si des autos passaient dans les environs, j'entendrais quelque chose. Si c'est vrai, il serait passé minuit. Passé trois heures peut-être. J'ai peut-être juste deux ou trois heures à attendre. Ca veut dire trois cycles de moteur au mieux. Brrrrrrrrrr! A l'aide!

Lambeau 7 Shred 7

Beuhrrrrr. Maudit moteur, je te me l'arrêterais c'te machine infernale. Infernale de froid. Même si je pouvais le toucher, il est de l'autre côté du mur, pas de doute. J'en peux plus de rester assis ici. Ca fait trois, ou quatre cycles là*? J'ai la tête brumeuse de sommeil et de froid. Le petit drap est trop petit pour tout me couvrir. Peu importe comment je le place et comment petit je me fais, il y a toujours un coin pas couvert. Je pense de regarder (façon de parler) encore dans la sorte de tiroir à ma gauche, pour voir (façon de parler). Poignée. Loquet. Déclic. Je tire. Je touche un drap, pareil au mien. Je tire dessus, il ne vient pas. Il y a une forme ronde dessous. Un grand*. Il y a des grands aussi ici. C'est rassurant, non? Ils gardent peut-être du monde au froid pour les soigner. A moins que ce soit pour les manger. Je ne sais pas. Ca n'a pas de sens. Peut-être pour les empêcher de pourrir et les remettre en marche plus tard. Peut-être comme Frankenstein, ils font une collection de gens au lieu des enterrer. Ils prennent toutes les bonnes parties et les cousent ensemble pour faire une autre personne. Ca veut qu'il faudra que certaines personnes se sacrifient pour les autres. J'imagine qu'ils pourraient garder ceux qui donnent des parties au froid plus longtemps. A mesure qu'ils en remettent en vie, d'autres perdent des parties. Ceux-la auraient la priorité pour revenir en vie avec des nouvelles parties des autres personnes qui arrivent. Tout le monde pourrait revenir en vie mais la banque de personnes en attente de parties augmenterait tout le temps. Jusqu'à ce qu'ils inventent un moyen de guérir les partie qui marchent pas. Ou qu'ils inventent des parties machines. A moins que des parties d'animal pourraient faire. Mais qu'est-ce que je fais ici? Toutes mes parties marchent. Leur logique m'échappe. Je suis mieux de lui laisser son drap de toute manière, au cas où y se réveille. Un petit drap mince, c'est quand même mieux que rien...

Lambeau 8 Shred 8

Je n'en peux plus. Je m'endors trop. Si je m'endors ici, je vais tomber à gauche ou à droite et m'écraser à terre. J'ai une idée. Je vais m'étendre et me laisser glisser dans le tube à moitié. C'tait moins froid dedans un peu et je ne tomberais pas. Je vais essayer avec le drap dessous moi.

Voilà. Si je met ma main là, le plateau est bloqué. Brrrr, c'est plus froid on dirait. Faut que les bords se réchauffent peut-être. En les frottant peut-être. Oui, c'est plus tolérable, à peine plus. Brrrrr. Je m'endors tellement... Brrrrr... rrrrr...

Lambeau 9 Shred 9

Boum! Hein? Quoi? Je me lève précipitamment et paf! Ma tête tape le haut en métal. Ah zut, je suis encore dans ce tube. Ma main, ah oui elle bloquait le roulement. Ben là, me revoilà dans le tube. Je donne un coup de talon frustré et frappe la porte du tiroir. Grave erreur. Je refais le truc du début. Ca ne bouge pas, aucun déclic. Plus de force? Rien à faire. Zut, c'tait quoi le truc. Comme ca, puis ca, puis pousse. C'est bloqué. Je touche avec les pieds. Languette de métal pliée d'un côté. J'ai désaligné le mécanisme. Merde de zut de ta. Y a rien à faire. Voyons y'a toujours quelque chose à faire, faut la débosser. J'essaye d'insérer des orteils sous la languette. Voilà. Aidé de l'autre pied, déplacer les orteils vers le pli. Maintenant, tirer vers moi. Voilà. On ressaye... Non, encore bloqué. On déplie plus. On ressaye. Bloqué. Triple zut. Tâte du pied. Très déplié. Trop déplié? Comparons avec la languette de l'autre bord. On dirait, oui. Poussons un peu. Voilà. Ca semble correct. On ressaye. Toujours bloqué. Beuh. Mes pieds sont froids et font mal maintenant. J'essaye de toutes les manières possible pendant vingt minutes de plus. Rien à faire. J'abandonne.

Là ma situation est pire. Très pire. Il va falloir que j'attende comme ca. Pas assez de place pour me mettre en boule, la position plus chaude de tout à l'heure, quand j'étais assis. C'est plus froid dans le tube. Pourquoi que je croyais que c'était plus chaud dans le tube?

Si je m'endors, ca va retarder mes secours. Faudrait que je me réveille dès que j'entend le moindre bruit. Si je ne réveille pas, il faudrait toute une chance pour qu'on sache où je suis et qu'on me sauve. Et puis, si je ne me réveille pas, on pourrait me manger sans que je puisse y faire quelque chose. Faut que je me réveille. J'espère que quelcun va se pointer dès le jour. Je ne vais pas survivre très longtemps dans ce tube. A moins que le moteur brise. Il ne brisera pas tout seul. Zut, j'aurais dû laisser un indice. Mais s'ils me voulaient morts alors? Pour me manger ou pour autre chose, avec un indice, ils me finiraient facilement. Bon, ca sert à rien de ruminer. Faut juste rester en vie.

Lambeau 10 Shred 10

Le moteur repars. Le froid se répand plus lentement dans le tube mais reste plus longtemps. C'est très incomfortable. Je peux me tourner un peu d'un bord ou de l'autre mais pas complètement du tout. Je peux plier les jambes un petit peu, les croiser. Je suis pris sur le dos.

Je ne sens plus mes pieds. Je ne sens plus le froid. Je suis presque à la température du métal. Le métal n'est pas aussi froid, il me semble.

Quelle fatigue! Plus rien à faire. Il ne me reste plus qu'à attendre et bien me préparer pour me réveiller quand on va me bouger de là. Il va bien falloir qu'on me bouge un jour ou l'autre. Je vais replacer le drap pour qu'ils ne sachent pas que quelque chose s'est passé. Je replace le drap par-dessus moi tant bien que mal, quoique je ne sais pas s'il me couvre les pieds. Je ne les sens plus ceux-là. Je crois qu'il les couvre. J'ai tellement envie de dormir. Bonne idée. Le temps passe vite en dormant. Si je peux, bien garder l'idée de me réveiller dès qu'on me bouge. Ou si j'entend quelcun. ...

Le noir vide se répand jusque dans mon esprit. Enveloppé dans le noir. Je veux sortir. Peut-être qu'avec un effort de volonté je pourrais sortir au moins mon esprit de ce tube. Qu'est-ce que ce serait stupide de mourir dans ce tube de métal. Je me ferme les yeux très fort et me concentre. Mon esprit se déplace. Je sens un interstice ici. Je me glisse de l'autre bord. Je sens une brise. Je suis dehors. Je ne sens plus rien. Je ne sens plus le froid, pas de brise. Je flotte de plus en plus haut. Je suis dans l'espace! Je n'ai même plus besoin de respirer. Je suis sorti en esprit! Joie! Je me fond dans le noir de l'espace infini...

Lambeau 11 Shred 11

Je voyage dans l'infini. Je me déplace sans faire d'effort. J'essaie de voir. Je vois... rougeâtre. J'approche de l'enfer, je sens des sources de chaleur. J'essaie d'absorber le plus de chaleur possible. Je n'ai qu'à rester aux abords de l'enfer pour me réchauffer. Quelle bonne idée!

Attend une minute. J'entends des sons. Des voix calmes. Je ne comprend pas ce langage. Le langage des diables. Mmmmh, ils sont chauds. Je sens leur chaleur quand ils me touchent. Quand ils me touchent! Suis-je en vie? Je sens mon front. Je ne sens pas mon corps. Je dois faire quelque chose avant qu'ils me découpent pour mes parties! Je voyage en esprit dans mon corps. Je peux bouger un doigt de la main droite. Je lève le doigt et frappe la table. tap! Les voix s'animent. Je continue. tap! Les voix s'animent puis je sens une main qui m'immobilise le doigt. Je sens sa chaleur. Mon corps a une soif de chaleur. La main se retire. Je doit faire un meilleur signal. Le code Morse. Je me souviens que SOS est trois courts, trois longs, trois courts. Je procède avec le doigt plus souple après l'addition de chaleur. tatatap, tap tap tap, tatatap,... et ainsi de suite de plus en plus vite que j'en perd le compte. Une main me bloque la main au complet. Une voix gentille. Une voix irritée répond. Le mec ne veut pas que je bouge le doigt. Non mais il est con, j'essaye de communiquer! Mais je suis à plat. Mon esprit s'égare. Je glisse dans les limbes.

Aïe!! Une aiguille me perce le sourcil! Où suis-je? Ah oui, les voix. Je dois ouvrir les yeux! Maintenant! Vite! Il le faut!! Ils s'ouvrent d'un coup. Je vois le visage d'un mec directement devant le mien:
- Vade retro Satana!!! — s'exclame-t-il, d'un air horrifié en reculant.
J'ai vu comme une tige dans sa main droite pendant qu'il reculait. Je tourne la tête légèrement vers la droite et vers mes pieds. Je suis incapable de me soulever la tête. Je vois une fille. Elle n'est pas du tout horrifiée. Au contraire, elle a un sourire très aimable avec des yeux intelligents et intéressés. Elle a un visage pur... des sourcils naturels bien dessinés. J'ai une chance avec elle. Enfin quelcun de confiance! Elle dit quelque chose. Voix douce, comme une question. Mais je n'y comprend rien. J'essaie de parler. J'ai la bouche pleine de cottons. D'une voix faible:
- J'ai f'oi.
- You're dead! Return in the shadow land! — dit le mec je crois ou quelque chose du genre, peut-être encore un coup de latin.
- Look the cut. It bleeds. — répond la fille.
Le mec change de ton et la fille me pose une question que je ne comprend pas. Encore paralysé, j'ai une seule chose à dire. Un besoin très pressant:
- J'ai f'oi. J'ai f'oi.
- I know them, I know what he says. He says he has faith. — dit-elle au mec. Elle s'adresse à moi:
- Tu as la foi? — avec un charmant accent.
Oui mais ce n'est pas ce que je veux dire. Ma bouche est gelée. J'y vais avec un son à la fois:
- Ffffff, rrrrr, oi! Jjjjj'ai, fffff, rrrrrr, oi! — dis-je. Elle doit comprendre. Vite, je meurt!
- What is he saying? — dit le mec.
- I don't know. He's saying something else. — répond-elle.
Je reprend de plus belle. Je dois me délier la langue, me dégeler la bouche. Pendant que je le peux et qu'ils écoutent!
- Jjjj'ai ffffrrrrroid, fffffrrrrroid, frrrrrroid! J'ai froid!!!! — dis-je de plus en plus distinctement et de plus en plus irrité.
Ils restent coi. Non mais qu'est-ce qu'il leur faut?!
J'ouvre les yeux et la regarde pour voir ce qu'ils font. Ils sont immobiles. Elle me regarde d'un air choqué. Je l'ai offusqué on dirait. Ma bouche fonctionnant mieux, je reprend:
- J'ai froid. Je gèle. Je meurt de froid. J'ai besoin de chaleur. — dis-je cette fois d'un air suppliant en la regardant dans les yeux.
- Oh! Que veux-tu? — répond-elle.
- Quelque chose de chaud. N'importe quoi de chaud. — dis-je.
- Et je dois aller le chercher? Vas-y toi.
- J'ai trop froid. Je ne peux pas bouger.
- Oh! Of course. Sorry. Des couvertures, ca ira? — répond-elle.
Bon, ils dégèlent eux aussi. Le mec s'en va en donnant des indications sur ce qu'il va faire et semble dire à la fille de s'occuper de moi. Ils partent chacun de leurs côtés.
Ca prend un temps interminable. J'essaye de bouger de plus en plus la main droite. Le bras bouge. Je suis sur une table en métal très froide. Si je pouvais au moins m'assoir.

Je suis parvenu à me soulever un peu avec le bras droit. Je me tiens accoté sur le coude droit. C'est le mieux que je puisse faire. Au moins, je n'ai plus le dos en contact avec le métal glacial. La fille revient enfin avec une couverture bien épaisse. Elle me couvre.
- Mon [...] est parti chercher une ambulance. Repose-toi en attendant.
- Je n'ai pas mal. Juste très froid, gelé. Si j'étais chaud, je serait correct.
- Tu veux une autre couverture?
- Tu en as d'autre? Oui, une couverture très chaude.
Elle repars. Je suis encore sur la table. Je ne sens toujours pas mes jambes. J'essaye de glisser un peu de la couverture sous moi, entre la table et mon dos. Elle revient déjà cette fois.
- Tiens, repose-toi. — dit-elle.
- Je ne dois pas me reposer. Il faut que je bouge pour me réchauffer, au contraire. La table est glaciale, il faut que je m'assois sur une épaisseur de couvertes.
J'essaye avec difficulté. Acoudé à droite, j'essaye de mettre de la couverture sous moi avec le bras gauche mais mes doigts gauches bougent à peine. Elle voit ca et participe. ... Ca ne va pas. Les couvertures ne sont pas assez chaudes. Je suis assis. A mon côté, je lui prend doucement le bras et l'amène vers moi sous la couverture. J'amène son bras en le gardant d'abord à distance, puis je pose son bras sur toute ma poitrine.
- Oh!! — s'écrie-t-elle avec un réflexe de retrait que je retiens.
- Je suis gelé. J'ai besoin de chaleur. Tu me réchauffes plus vite. — dis-je.
- Tu as raison. Tu veux que je te réchauffe? — dit-elle.
- Euh, oui. Si tu veux. — dis-je.
- Attend. — et elle insère son bras gauche pour me couvrir le dos.
Aaaaaaah, la chaleur. Oui, plus de chaleur. ... Je lui en gobe tant qu'elle doit sortir ses bras pour les réchauffer de temps à autre. Je place son bras droit pour couvrir les surfaces le plus froides de ma poitrine.

Lambeau 12 Shred 12

Nous voilà tous les deux assis sur une couverture, sur la table, avec une autre couverture nous entourant.
- Tu es froid!!! — s'exclame-t-elle.
- Ben, évidemment. J'suis resté au moins une nuit dans le tiroir en métal!
- Désolée. Tu veux que j'enlève ceci? Ca va être plus chaud.
- BBbbbonne idddée. Brrrrrr. — dis-je. Tout et n'importe quoi pour de la chaleur. Oui, donne-moi de la chaleur. Je continue:
- Tu vas geler, toi. Si t'es froide, ca va me réchauffer plus lentement.
- Ca ne me fait rien. — dit-elle.
- Il faudrait bouger pour réchauffer plus vite. Je suis paralysé.
- Tu veux que je bouge?
- Oui pour faire circuler ton sang et te réchauffer toi. Plus tu es chaude, plus tu me réchauffe.
- Okay. — dit-elle.

Nos corps bien collés sous la couverture, elle bouge. Avant-arrière, gauche-droite, ses bras me réchauffant le dos, mes bras se réchauffant sur son dos. Elle bouge bien. Elle commence même à suer. Oui! Plus de chaleur! A un moment donné, mes mains reprennent de la flexibilité et des sensations. Je sens une sangle qui lui recouvre le dos. Je la détache.
- Tu veux que je l'enlève? — dit-elle avec un sourire amusé et plaisant.
- Oui, c'est moins chaud et ca me frotte la poitrine. — dis-je.
Oh, que c'est mieux. La peau est si douce, tellement plus chaude. Je me sens de mieux en mieux mais suis tellement froid encore. Je commence à trembler de froid.
- Tu es vraiment gelé. Je vais bouger plus. — dit-elle.
- Okay.
Elle y va de plus belle. Quelle valeureuse! Quelle sensation de bien-être qui commence à s'installer. J'aime beaucoup cette fille.

Je commence à sentir mes jambes. Je les bouge, les colle sur son dos pour les réchauffer. Elle est une vrai dynamo! J'absorbe le plus de chaleur possible. Je commence à pouvoir bouger moi-même. Nos corps s'imbriquent bien sauf un bout. Mon [...] se fait cogner et est raide. Je dois retenir son ardeur pour ne pas me faire mal.
- Mon [...] est dans le chemin. Ca ne te dérange pas d'aller plus lentement? — dis-je.
- What? Sorry. Non, pas du tout. Mais j'ai une pli pour le mettre. — dit-elle.
- Tu as un(e) pli pour le mettre?
- Une pli de mon corps.
- Oh?...(c'est une extraterrestre!?) Ca ne fait pas mal?
- Non, pas du tout. C'est chaud. — dit-elle tout bonnement.
- Bon d'accord.
Et sans les mains, elle fait un mouvement du corps qui recouvre mon [...]. ... Wow, c'est encore mieux. Cette fois nos corps bougent bien sans donner de coup dessus. On reprend nos mouvements, lentement d'abord, puis de plus en plus vite. La sueur coule dans son dos. Un doux parfum se répand. Woah, ca c'est incroyable, je sens une chaleur de plus. Une chaleur dans mon ventre. Ca me réchauffe de l'intérieur en plus maintenant. C'est étonnant.
- C'est bon? — demande-t-elle.
- Oui! Très bien. Ca réchauffe encore mieux.
A ce rythme, je devrais être chaud en quelques minutes seulement.

C'est bizarre quand même. A intervalles réguliers, j'ai l'impression que quelque chose en moi va exploser. Ca passe proche. Je l'arrête en la serrant très fort:
- Iiiiiii! Ne bouge pas! — dis-je.
- Quoi?
- Attend un peu. — dis-je en forçant une pause. Je ne veux pas exploser, avec elle si proche en plus. Si j'éclatais, elle pourrait recevoir des morceaux de moi qui la tuerais peut-être. Mmmh, ca c'est sûrement impossible... mais j'ai un peu peur.
- Okay, dis-moi quand repartir.
Après une minute, je me sens mieux.
- Okay maintenant. — dis-je.
Et on reprend.

Après trois ou quatre cycles comme ca, je commence à me sentir vraiment mieux et plus chaud. Presque normal. Sauf mon esprit. Je me sens un peu îvre. Elle semble avoir une réserve illimitée d'énergie, cette fille. Je sens encore une explosion approcher.
- Arrête! — dis-je.
- Quoi?
- Bouge pas.
Arrêtés avec les corps pas bien collés, elle fait un mouvement des hanches pour se rapprocher. Sur le bord de l'explosion, c'est un mouvement de trop.
- Iiiiiiiii! — fais-je en resserant tous mes muscles pour arrêter l'inévitable.
Trop tard. Quelque chose éclate dans mon ventre et dans ma tête et je tombe dans les pommes, un tourbillon d'étincellles dans la tête. explosion

Elle me retiens avant que je tombe sur le dos, je crois. Les prochaines minutes sont nébuleuses. Je crois qu'elle essaie de me réanimer. La tête m'a explosé. J'ai peur de bouger. J'ai peur d'être mort. Lorsque je reprend conscience, je vois cette fille avec une couverture fuyant dans le couloir avec un air désespéré, paniqué.

Qu'est-ce qui s'est passé? Qu'est-ce que je fais sur cette table en métal luisant, tout nu, et avec seulement une couverture? Mmmmh, au moins la couverture est chaude. Je suis tellement fatigué. Je me met en boule, je me couvre complètement avec la couverture et je me demande où je suis. C'est froid ici! Je suis trop épuisé. Je suis crevé.

Lambeau 13 Shred 13

Je m'éveille. Je suis sous une grande couverture rose sombre. Je ne connais pas cette couverture. Elle est plus chaude que les couvertures que je connais. Je suis courbaturé. Je veux me retourner. Je commence à le faire et soudain je réalise que je suis sur le bord. Je passe proche de tomber et me retiens juste à temps. Aaaaaah! Où suis-je? Sur du dur. C'est pas un matelas. Je veux regarder. J'ouvre une ouverture mais c'est trop clair, ca m'aveugle et me fait mal aux yeux. Je me replanque sous la couverture et analyse où je suis à tâtons. Je suis les bords. C'est un très grand rectangle. La surface est dure partout et avec une légère pente vers le milieu. Et là, quoi? Comme un trou! Un trou au milieu d'une table? Le trou a l'air voulu. Pas vraiment au milieu mais plutôt au trois-quart dans un sens et au milieu dans l'autre. A quoi ca sert? Bizarre.
Brrrr, c'est un peu froid ici, une chance que j'ai cette couverture. Je la place mieux. Mais... beuh! C'est trempé là! Qu'est-ce que c'est que ca? Une matière gluante. On dirait de la colle pas séchée. Ou plutôt de la gélatine pas bien prise. Drôle d'odeur. C'est gluant mais pas très collant. Ca ne sent pas comme quelque chose de mangeable. Quel mystère!
Bon, je place mieux la couverture pour bien me couvrir et la partie humide gluante derrière de manière à ne pas la toucher. J'évite d'ouvrir les yeux.
Sous la couverture je m'assoupis quelque minutes.

Je rêve que je suis sur une table très haute. Prisonier avec seul confort, une couverture. Je dois combattre le froid, la faim, les envies. Le trou est pour faire pipi. Je fais pipi, j'arrête, je repars, etc. en suivant le code Morse pour sos. Trois courts de pipi, trois longs, trois courts. Mais je suis si haut que le message ne se rend pas. Enfin, je ne sais pas. S'il y a quelcun d'intelligent qui voit le pipi sortir à l'autre bout, j'ai une chance. Mmmh, ca me semble complètement improbable. Je vais mourir ici! Je me réveille.

Tout est rose. Après cinq secondes, je distingue des formes. Je vois un peu brouillé. Il me semble que j'ai des lunettes d'habitude. Où suis-je? Surface dure. Je sens un trou au-travers de la couverture. Drôle d'idée. Qui achète une table avec un trou dedans? Une table? A quelle hauteur suis-je? Je sens un courant d'air froid. J'ouvre un espace pour voir. Ouah! Trop clair. Qu'est-ce que je fais ici? Un endroit très clair, sous une couverture, sur une table dure avec un trou. Quel mystère. Je crois que si je garde les yeux ouverts sous la couverture, mes yeux vont s'habituer à la clarté et ca va faire moins mal. Je regarde. J'apprécie la douceur de la couverture, sa chaleur, sa couleur rose foncée. J'en touche une partie un peu humide. Bizarre. Une surface de plus de trois mains. On dirait de la colle. Un coin est plus sec. On dirait du plastique au toucher. Bizarre. Ca sent drôle mais pas plastique. Peut-être une colle spéciale. Pourquoi mettre de la colle spéciale sur une couverture? Ca m'échappe. C'est peut-être un accident. Ou on s'est servi de la couverte* pour ramasser un dégât de colle. Bon, mes yeux ne font plus mal. Voyons voir... ouah! Encore trop clair. Sous la couverture, j'ouvre les yeux bien grands et j'entrouvre la couverture pour laisser entrer de la lumière. Mais juste où est ma tête car c'est froid dehors. Ca fonctionne. Mes yeux s'habituent à de plus en plus de lumière.

Finalement, je regarde, les yeux mi-fermés. Tout est flou. Je me tire vers un des bords pour regarder vers le sol. Sur ou dans la couverture, ca glisse facilement. C'est assez haut. Une table haute. J'entend un moteur. Comme une machine à faire du vent. A l'intérieur. Drôle d'idée. Beuh, j'ai pas envie de faire quoi que ce soit. J'ai envie de dormir là pour l'éternité. Je plie la couverture et me replace dedans pour faire deux épaisseurs de couvertures pour me couvrir. Seulement une partie dessous moi à une épaiseur. J'essaye de dormir.

Lambeau 14 Shred 14

Quelcun arrive très bruyamment avec quelque chose qui roule. Deux personnes. Ils se parlent et on dirait se donnent des indications. J'ai peur de bouger. Je reste immobile pour qu'ils ne me remarquent pas. Ils vont passer. Mais... non. Les voilà qui ouvrent la porte de la pièce où je suis. Ils se parlent. Ils essayent de faire passer le bidule roulant par la porte. Ils sont bruyants. Ca cogne ici et là, boum, bam. On dirait qu'ils ne m'ont pas remarqué. Je reste coi sous la couverture. ...

Soudain quelcun tire sur ma couverture. Je résiste. Ca tire plus. Je résiste très fort. J'ai les bords de la couverture sous moi et entre les mains et les jambes. J'entend un commentaire qui n'a pas de sens, une voix de femme:
- Y-est gelé et ils veulent qu'on l'apporte à l'hôpital. Regarde comme y-est raide.
- Bon ben, on n'a rien qu'à amener le corps avec la couverte — répond un homme.
De quoi parlent-ils? Bizarre, ils voient un corps mais ils ne me voient pas. Je suis peut-être invisible. Mais soudain je me sens tiré par la couverture vers un bord. Je reste coi. Et on essaye de me pogner* les jambes et les épaules.
- Hé! — que je m'écrie.
Un sursaut, puis le silence. J'essaye de me rendormir. Mais on ressaye de me pogner!
- Hé, quoi! Fichez-moi la paix! — dis-je.
Retour au silence. ...
- On nous a dit de t'amener à l'hôpital. — dit la femme.
- Ben vous avez rien qu'à le prendre, le corps, pis me ficher la paix! — répondis-je.
- ! Attends un peu. On vérifie. — répond-elle. Elle reprend, parlant à l'autre:
- Appelle donc.
J'entend le gars sortir mais pas elle.
- Tu t'en vas pas toi? — dis-je.
- Pas tout de suite. Faut attendre. Qu'est-ce que tu fais? — dit-elle.
- J'essaye de dormir mais vous faites un bruit terrible. ... Peux-tu me dire quelle sorte de colle que c'est ca?
- Quoi ca?
- Ca là dans la couverte. ... Ah, tiens, c'est sec.
- On dirait du [...]. C'est toi qui as fait ca?
- Moi? J'ai rien fait! J'ai pas de colle, regarde! J'suis tout nu ici. J'peux pas avoir mis de la colle. Pis j'connais pas C't'e sorte de colle.
- On verra ca plus tard.
- C'est pas moi. J'ai rien fait. Je viens juste de me réveiller ici. Où est-ce qu'on est?
Le mec revient à ce moment et interrompt:
- Faut qu'on l'amène à l'hôpital. — lui dit-il.
- Ben prenez donc le corps pour aller à l'hôpital et laisser-moi. — dis-je.
- Attends. C'est quoi ton nom? — me demande-t-elle.
- Moi? Euh... Mmmmh... J'ai pas de nom. — dis-je.
- T'as pas de nom? Attends, Serge Lamarche, ca te dit quelque chose?
- Mmmh... ca a l'air familier. Mais c'est pas moi.
- Tu dis que t'as pas de nom mais tout le monde a un nom.
- Tout le monde a un nom? Tu connais tout le monde? Y-a pas personne qu'y-a pas de nom?
- Ben écoute, t'as pas envie de sortir d'ici? Tu peux aller à l'hôpital. T'as pas envie d'aller visiter l'hôpital?
- Heuh, ben, oui mais j'suis tout nu. J'peux pas sortir comme ca.
- Ca fait rien. On voit du monde tout nu tout le temps nous autre.
- Ben oui, c'est vrai. — renchérit l'autre.
- Vous êtes sûr? Ca vous dérange pas? Brrr, c'est trop froid.
- Tiens, on a d'autres couvertures. Met celle-là par dessus. — dit-elle.
- Bon okay. ... Aide-moi à descendre de la table, c'est trop haut.
Descendu de la table avec une couverture de plus, je sens le sol froid sous mes pieds.
- Viens, monte là-dessus. — demande-t-elle.
- Pourquoi? Je peux marcher. — dis-je.
- Tu vas pas marcher nu-pieds jusqu'à l'hôpital, quand même. Faut qu'on amène la [...] à l'hôpital de toute manière, autant monter dessus.
- Bon okay d'abord.

En sortant, dans le corridor, on passe devant quelques gens aux airs curieux. Une fille me regarde d'un air différent. Je sens une vibration et une grande chaleur douce en passant qui s'estompe à mesure qu'on s'en éloigne. J'ai senti quelque chose. Une force. J'étais moins crevé sous l'effet de la force de la fille. C'était la seule personne avec cet effet. Elle est spéciale, c'est peut-être une extra-terrestre qui s'est infiltrée? ... Déjà sorti, on me place dans le véhicule. Je suis comme immobilisé. Je cherche à voir la fille parmi le groupe assemblé dehors. Je vois embrouillé au travers de la vitre (et sans lunettes). Je sens un mélange curieux d'espoir et de désespoir. Vais-je revoir l'extra-terrestre? Va-t-elle s'enfuir dans l'espace? Comme c'est étrange...

Lambeau 15 Shred 15

Lit d'hôpital. Infirmières. On me demande si je veux voir ma mère. J'ai un mauvais sentiment. Je ne veux pas. Je n'ai pas de mère. Je viens de l'espace. Je n'ai pas de souvenirs. J'ai dû arriver de l'espace. Je peux peut-être voler? Mais là je me sens bien solidement ancré au lit. Je suis confus mais j'apprécie les attentions qui me semblent inhabituelles.

Lambeau 16 Shred 16

Soir. Hôpital. Quelcun me touche. J'ouvre les yeux, surpris. Fille. Extra-terrestre. Elle est redescendue. Je sens une vibration, une force, une douceur, une faiblesse. Je lui prend le bras, l'insère sous les draps, le pose sur ma poitrine. Nous sommes extra-terrestres. Nous pouvons communiquer comme ca. Elle se penche. Tombe habilement à mon côté. Quelque chose se passe. Je crois qu'elle m'amène dans l'espace. Nos esprits se joignent. Elle est mon guide.

Lambeau 17 Shred 17

Plusieurs jours ou semaines ou mois ou plus, plus tard. Je visite une salle étrange avec mon père et un familier de cet endroit.
- Tu te souviens avoir été ici? — dit mon père.
- Non. C'est la première fois que je vois cette place. — dis-je.
- Rien du tout?
- Non! Pourquoi tu penses que j'ai été ici?
- Regarde bien autour. Tu connais cette table, non? — dit-il encore.
- Non. — dis-je.
La table en acier inoxidable est haute, longue. Je vois dessous. Elle a un tuyau.
- On dirait plutôt un lavabo géant. — dis-je.
- Attend, j'vas te soulever... Regarde, y'a un trou au milieu. — dit-il.
- Je vois... Le trou n'est pas vraiment au milieu. — dis-je.
- Regarde, y'est au milieu.
- Y'est au milieu en largeur mais plutôt au trois-quarts en longueur. — dis-je.
Il me dépose sur les pieds.
- Which one was it? — demande-t-il au mec.
Le mec répond quelque chose et s'avance vers un mur de tiroirs. Il en ouvre un qui est un peu haut pour moi. Il a de la difficulté.
- This one is still difficult to open. — dit-il.
- Il dit que tu as tordu la barrure de celui-là. — m'explique-t-il.
- Moi? Ca se peut pas, j'suis jamais venu ici! Pourquoi t'arrête pas de dire ca? — dis-je.
- Choque-toi pas. Regarde comment la barrure marche.
- Ah oui, ca bloque un peu... C'est la languette de métal là qui est pliée un peu. Y'a qu'a déplier ca et ca devrait aller mieux. Celle-là marche mieux? — dis-je.
- Tu veux qu'on l'ouvre? Y'a un corps dedans. — dit-il.
- Un corps? Pourquoi faire?
- Ils gardent les corps ici. Ils pourissent pas au froid. Ils les découpent pour voir comment ils sont morts.
Mon coeur fait un saut!
- Y'a des morts dans ces tiroirs là!? C'est sûr qu'y sont morts? J'peux-tu en voir un! — dis-je.
- He wants to see one. — dit-il au mec.
- Y'en a un dans celui-là, juste devant toi, qu'y dit — me dit-il.
- Celui-là?... Voyons. — dis-je.
Il ouvre plus facilement. Ca roule très bien. Je bouge de côté pour voir. Il y a un drap. Je touche. Froid et dur. Ca n'a pas l'air vivant. J'essaye de faire mal avec un ongle. Pas de réaction.
- Ouin, y'a l'air mort. — dis-je.
- Tu te souviens pas d'être ici avant?
- Non, jamais venu ici.
- Bon. Supposons que tu es dessus celui-là, comment est-ce que tu ferais pour descendre? — dit-il, la main sur le tiroir au loquet défectueux.
- Facile, je m'accroche avec les bras et me laisse descendre les pieds en premier. — dis-je.
- Fais-le donc pour voir.
Je m'apprête à le faire mais avec les deux là, j'ai un mauvais pressentiment.
- Euh, je peux pas le faire devant vous autres. — dis-je.
- Bon okay. On va sortir et on va te laisser faire... C'est ca que t'aurais dû faire! — dit-il en se dirigeant vers la porte.
- Quoi! J'suis jamais venu ici.
- Mais oui!
- Non!
Ils sortent et je me sens pas mal mieux. Toujours baveux celui-là. ... Je monte sur le plateau métallique en m'aidant d'un tabouret, je crois. C'est assez haut pour moi qui suis plutôt petit. Je m'accroche les deux bras sur le dessus, les mains accrochées de l'autre côté. Le tout roule pour se fermer, mon corps bloque facilement. Je me laisse descendre. Je ne touche pas le plancher, même en étendant le bout des pieds. Je ferme les yeux et soudain une grande frayeur me prend. J'ai peur de me casser le cou en tombant. J'ouvre les yeux et regarde le plancher. Il n'est pas beaucoup plus bas. Avec les yeux ouverts, je vois que je peux descendre un peu plus et toucher du bout des pieds. Mais si je fais ca, je vois que je ne peux plus remonter. Trop dur pour les bras. Je descend. Je me sens un peu bizarre, une impression de déjà vu. Ai-je été ici pour vrai? Il se fout toujours de ma gueule. Comment savoir? Je sors avec une impression de légèreté. Une sorte de soulagement. Mais il me semble me manquer quelque chose.

Lambeau 18 Shred 18

Semaines plus tard. J'entend une discussion:
- Elle est enceinte! — déclare mon père.
- Quoi, tu penses que... Ca se peut pas, y connait rien là-dedans. — répond mom.
- Je la surveille et elle n'a pas d'amants. Personne. — il rétorque.
De quoi y parlent ces deux là encore. Toujours à causer des emmerdes. Ils viennent pour m'interroger.
- As-tu couché avec la femme du [...]? — interroge mon père d'un air accusateur.
- Quoi? J'ai jamais couché avec quelcun. Vous le savez, vous êtes toujours ici la nuit. — dis-je. Non mais de quoi y parlent ces deux salauds. Je les accusent pas de coucher avec du monde, moi. Je devrais peut-être commencer!
- Non, mais quand t'es allé à l'hôpital, y-a-tu une femme qui est venu te voir?. — interompt mom d'un ton moins dangereux.
- Oui, toi!... — je rétorque.
- A part moi, y-avait pas d'autre femme?... une fille?
- Non. Qui? Les infirmières? En quoi ca vous regarde, de toute manière? Vous voulez tuer quelcun encore? — dis-je.
Mon père, un être dangereux, s'était mis en tête de faire du trouble ou pire. Se référer à la série Sopranos pour avoir une idée du type. Impossible de vivre en paix avec ces deux là. Dur de vivre tout court! Ma réplique termine la discussion.

Lambeau 19 Shred 19

Jours plus tard. Mom est extraordinairement gentille depuis quelques temps. Elle ramène la discussion de l'hôpital:
- Tu te souviens encore du temps que t'es allé à l'hôpital? — demande-t-elle si charmante.
- Euh, un peu. C'est flou. — dis-je.
- Quand t'étais là y-a pas eu quelcun qui est venu te voir le soir?
- Le soir? Non, je me rapelle pas de quelcun. — dis-je.
- T'étais toujours tout seul tous les soirs?
- Bon, je vais essayer d'y penser. — dis-je.

Une autre fois.
- Je me suis souvenu de quelque chose. J'ai rêvé un soir qu'un extra-terrestre est venu me voir et il m'a amené dans l'espace. — dis-je.
- De quoi y-avait l'air? — demande mom systématiquement charmante.
- Euh, c'est flou. Y-avait l'air d'une fille. — dis-je.
- Une fille?
- Oui. — dis-je.

Une fois mon père rentré. Je me rend compte de mon erreur.
- Eh, y-a eu quelcun qui est venu le voir. Y dit que c'tait une extra-terrestre qui a l'air d'une fille. — dit ma mère un peu trop fièrement.
Elle est fière d'avoir trouvé quelque chose. Leur ton me déplait royalement. J'entend mon père à un moment donné déclarer bruyamment:
- J'vas la tuer si y-ont fait ca!
Merde. Quelle erreur j'ai fait! Pourquoi j'ai dit mon rêve? Pourquoi? Comment empêcher ca?

Lambeau 20 Shred 20

Je rencontre un ange que je vois à l'occasion. Il prend la forme d'une femme gentille. Elle m'avait convaincu de cesser de me battre avec mes parents mais de lutter le diable avec de la gentillesse. J'avais été surpris de voir quelcun qui était au courant de mes problèmes. Peut-être y avait-t-il un dieu après tout?
- Mon père veut tuer une femme enceinte que j'ai déjà rencontré. Tu sais de qui je parle? Elle n'a pas d'amants. Comme blonde. Elle parle au moins l'anglais et le français mais peu. Ca se peut qu'elle soit extra-terrestre. Tu sais c'est qui? — lui dis-je.
- Attend... oui je crois.
- Faut lui dire de se sauver avant que mon père ait le temps de se préparer! Elle peut aller dans son vaisseau. — dis-je.
- Voyons, elle ne peut pas partir de la terre.
- Non? Peut-elle aller ailleurs sur terre? Une place sécuritaire que mon père connait pas? — dis-je.
- Peut-être, oui.
- Faut lui dire au plus vite! — dis-je.
- Tu es sûr de ce que tu dis?
- Tu connais mon père, non? Il a essayé de me tuer et tu m'avais dit de lutter le diable en étant gentil. Ca avait marché pour un bout de temps.
Elle a l'air étonné. Elle ne savait pas. L'ange ne savait pas tant que ca. Maudit!
- Tu vas lui dire à la fille? — dis-je.
- Oui, oui. Comptes sur moi. — répond-elle.

Lambeau 21 Shred 21


- La femme a disparu! — déclare mon père.
- Comment ca disparu? — demande mom.
- Elle est partie sans laisser d'adresse. Personne sait où.
- Ben voyons, ca se peut pas. Y-a toujours quelcun qui sait.
- J'ai demandé à tout le monde, y-a personne qui le sait.
J'entend ca et je me sens beaucoup mieux. Mais le diable ne lâche pas prise facilement.

Mom vient me voir:
- Te souviens-tu de la fille que tu appelles l'extra-terrestre? — me demande-t-elle.
- Oui. Elle est partie dans son vaisseau? — dis-je.
- Vaisseau?
- Ben oui, son vaisseau spatial. — dis-je.
- On pense qu'elle est morte. — dit-elle d'un air plein d'inquiétudes.
- Morte? Morte comment? — dis-je.
- Elle a eu un accident de vaisseau. Penses-tu qu'il y a un moyen de la contacter pour le savoir?. — dit-elle d'un air si sympathique.
J'hésite. L'accident m'inquiète. L'ange le sait peut-être mais si l'ange le dit, mon père va tuer l'extra-terrestre. Que faire? Je vais donner un indice mais rien de plus.
- L'ange le sait peut-être. — dis-je.
- Quel ange?
- L'ange qui vient me voir des fois. — dis-je.

Lambeau 22 Shred 22


- J'ai du nouveau. — dit mom.
- Quoi donc? — répond mon père.
- Y dit qu'y-a un ange qui vient le voir et il saurait où est la femme.
C'est drôle comme j'entend si bien leurs conversations. Chut, ils reprennent.
- On va savoir c'est qui. — dit mon père d'un air assuré.

Lambeau 23 Shred 23


- On a trouvé ton ange. — dit mom.
- Ah oui? Et puis? — dis-je.
- Elle n'a pas dit où était ton ami extra-terrestre.
- Ah bon. — dis-je.
Mon air joyeux me trahit.
- Ton père est allé voir ton ange.
- C't'un ange, pas mon ange. — dis-je.
- L'ange a rien dit.
Mon air joyeux me trahit encore.
- Ton père est allé voir ton ange. C'est une femme non?
- Un ange peut avoir l'air de n'importe quoi. — dis-je.
- Ton père est allé voir ton ange et l'as tué parce qu'elle ne voulait pas parler.
- Non! C'est pas vrai. Tu mens encore. Menteuse! — dis-je.
Je suis horrifié, triste. Comment savoir ce qui est vrai avec ces deux malades. J'ai peu d'espoir puisque je sais comment ils sont efficaces pour tuer et s'en sauver.

Epilogue Afterword

Enfin terminé cette histoire. Je crois que je savais plus de détails mais ces souvenirs sont assez pâles. Ce qui m'étonne toujours c'est que j'en entend pas parler par la suite. Je crois que mes parents me créaient une réputation qui enlevaient le désir des gens de m'en parler. Ou alors c'est moi qui ne se rappelait de rien et qui faisait peur à ces gens. Ou les deux. C'est un mauvais souvenir pour moi car la femme que je considérait mon ange finit morte. En parler pourrait aussi tuer la jolie «extra-terrestre». J'espère qu'elle est toujours en sécurité et en bonne santé.

Bon, évidemment, bien que les extra-terrestres et les anges soient bien présents dans la vie sous formes ecrites et audio-visuelles, on les rencontre rarement. Quoique au figuré, on peut très bien en parler pour décrire des gens bien réels.

Je n'arrive pas à dater ces événements avec mes souvenirs. C'est certain que j'avais plus de douze ans. Je me souviens qu'à treize ans, mom avait déclaré cette année mon année chanceuse. Mon grand-père m'avait regardé une fois d'un air étonné cette année là et ca m'avait intrigué, puisqu'il me regardait toujours d'un air détestable d'habitude. Mais ca n'a peut-être rien à voir. Une chose est certaine, j'étais jeune adolescent de moins de dix-sept ans. Je dirais entre douze et quinze ans est plus probable. Je n'ai jamais entendu cette histoire aux nouvelles mais mes parents peuvent très bien avoir caché ca.

ride-cicatrice

Encore une histoire assez incroyable, n'est-ce pas. Détail intéressant, en l'écrivant, je me suis rappelé d'une coupure profonde que j'avais eu au front. C'était une coupure franche. Elle avait guéri complètement après quelques jours seulement, sans points de sutures. Mais un coup au front l'avait réouverte complètement. Presque guérie, cette coupure avait réouverte une deuxième fois un couple de semaines plus tard. C'est donc avec inquiétude qu'après avoir retrouvé cette mémoire, j'ai regardé mon front. J'ai écarté cette grande ride verticale entre mes sourcils. C'est la cicatrice?

Premier jet terminé le 16 mars 2014 © Serge Lamarche

Codes © Serge Web Service